BridgeBalma

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Renonce, encore...

Mon épouse rentre du club en me disant qu'elle vient de faire une renonce (défaussé son As de coeur sur un carreau maître de sa partenaire alors qu'elle avait encore du carreau, et tout le reste maître), ce qui lui a coûté une place au classement final, et pas de chance, à la table d'une première série avec diplôme d'arbitre de club.

Calcul fait, cette renonce lui a coûté 42,8% sur la donne donc 1,58% au classement, elle aurait gagné deux places et fini première, en étant dernière au "rang théorique", pas mal...

Une renonce c'est toujours stupide et vexant, et on est automatiquement sanctionné, par application de la loi n°64 du code. C'est normal de l'appliquer, ce n'est pas de la méchanceté (sauf peut-être vis-à-vis des tout débutants, et encore, il faut qu'ils apprennent !). 

Rien à dire sur l'arbitrage et le résultat, sauf à conseiller aux gens de ne pas oublier leurs lunettes comme c'était le cas cet après-midi, ne pas mettre un carreau dans les coeurs ou l'inverse, etc.

Priorité à la correction d'une renonce "non consommée"

Mais ce qu'il faut savoir, et que beaucoup de bridgeurs même chevronnés ignorent, c'est que le "nouveau" code (pas si nouveau, version 2007 actuellement applicable, je viens de vérifier sur le site de la FFB), donne la priorité à la correction d'une renonce avant qu'elle ne soit "consommée" et donc :

  • un joueur doit corriger sa renonce s'il se rend compte de l'irrégularité avant qu'elle ne soit consommée (loi 62A)
  • le mort est autorisé à demander au déclarant s'il n'a vraiment pas de la couleur attaquée (42B1 et 61B2a), (sauf si le mort a vu le jeu du déclarant ou d'un joueur de la défense (43) ce qui constitue déjà une irrégularité).
  • un joueur de la défense est autorisé à le demander à son partenaire, (61B3 et note en bas de page)

Ce n'est pas intuitif car tout le monde croit qu'une carte jouée par erreur est jouée, que le mort n'a aucun droit et que les joueurs du flanc n'ont pas le droit de communiquer. Ces trois "croyances" sont vraies en général mais pas en cas de risque de renonce.

En l'occurrence, la partenaire de la fautive avait roulé des gros yeux mais sans rien dire. Elle aurait donc eu le droit de demander "tu es sûre que tu n'as plus de carreau ?..."

Le code autorise également le déclarant à le demander à un joueur du flanc qui semble renoncer, et réciproquement (61B1 et B3)... Mais connaissant les bridgeurs, ils n'auront garde de le faire, et préféreront marquer un bon coup en laissant se consommer la renonce. Vache, mais régulier. Un peu curieusement, la seule interdiction concerne le mort qui n'a pas le droit d'interroger un joueur du flanc quant à une éventuelle renonce (61B2b).

Moi qui ne suis ni 1è série ni arbitre, si cela arrivait à des adversaires membres de mon club, je laisserais mesquinement consommer leur renonce et je veillerais à l'arbitrage en ma faveur... On est là pour jouer mais aussi pour gagner... Et ensuite je rappellerais aux adversaires et à mon partenaire, pour une autre fois, les dispositions de cet article 61. Pas pour montrer ma science, mais par solidarité.

Vous pourrez aussi le faire, si vous savez donner un conseil gratuit. Le code est sur le site de la FFB, vous y trouverez le texte intégral et aussi comment gérer les cartes jouées entre la renonce et sa correction. Le code 2007.

La "consommation" d'une renonce

Rappelons qu' une renonce est consommée quand un joueur du camp fautif joue à la levée suivante (loi 63). Quand une renonce est consommée, on n'a plus le droit de la corriger mais on applique les règles de transfert de levées (loi 64).

Il y a aussi consommation dans le cas d'un joueur qui fait ou accepte une revendication pour le reste des levées ; ou encore qui nomme ou désigne la carte à jouer à la levée suivante (je pense que c'est le cas du déclarant qui appelle une carte du mort, il s'agit bien de la levée suivante, donc si le déclarant renonce sur l'attaque de son adversaire de droite, le fait d'appeler une carte du mort pour compléter la levée ne constitue pas encore une consommation).

Cas particulier, pour une renonce à la 12è levée, on doit toujours la corriger et il n'y a donc pas de transfert de levées.

Le transfert des levées en cas de renonce consommée

A. Levée(s) transférée(s)

1. si le joueur fautif* a gagné la levée de la renonce, cette levée plus une des levées gagnées ultérieurement par le camp fautif seront transférées au camp non fautif,
2. si le joueur fautif* n’a pas gagné la levée de la renonce mais que le camp fautif a gagné cette levée ou n’importe quelle levée ultérieure, une levée sera transférée au camp non fautif.

* : on considère ici qu'une levée gagnée par le mort n'est pas gagnée par le déclarant

B. Pas de levée transférée

Il n’y a pas de levée transférée comme en A ci-dessus suite à une renonce consommée :

1. si le camp fautif n’a gagné ni la levée de la renonce ni aucune levée suivante ;
...(quelques autres cas peu fréquents)
6. pour une renonce à la douzième levée ;
...

Il peut donc y avoir transfert de 0, 1, ou 2 levées. Plus facile à retenir :
- les cas de 0 levée sont simples, en fait la renonce n'est pas du tout sanctionnée : on ne va pas transférer des levées antérieures à la renonce !
- sinon c'est un peu plus compliqué, ce sera en général une levée transférée
- ou pour que ce soit deux, il faut d'une part que ce soit le joueur fautif qui ait fait la levée de renonce (et pas son partenaire, y compris dans le cas déclarant/mort), d'autre part que leur camp ait fait une ou plusieurs levées ensuite. C'est le cas du "je coupe et j'en rejoue !"

L'arbitre peut toujours attribuer une marque ajustée si cette loi automatique désavantage le camp non fautif. On peut penser au cas où une renonce permettrait d'affranchir une couleur et ferait gagner beaucoup de levées.

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